Cirque des mots

La rencontre avec le cirque des mots de Montpezat m’a donné envie d’écrire une prose à partir des 45 photos de l’exposition Imagin’82 du centre d’art La Cuisine :

Derrière un vitrail en noir et blanc, l’artiste observe avec son œil minimaliste l’usure du temps et l’imagin’82.

Ses pas le mènent sur une passerelle dont il ignore l’issue. Au détour d’une travée, une femme de bronze, nue et allongée, indique l’entrée d’un hôtel. Elle rêve de nager dans un lac glacé de montagne et de déguster, au sommet, une boule de neige piquée sur deux fourchettes du Centre d’art La Cuisine.

Mais le bruit des vagues s’échouant sur les calanques grecques rappelle qu’un âne, lisant des livres dans une vieille traction rouillée au fond d’un bois, ne peut être capturé que par le photographe et son vieil appareil à soufflets. Cet âne n’a pas une toile avec une araignée dans la tête, mais bien un champignon nu, clair, né sur le canal reliant les deux mers, dans un bateau noir et blanc qui n’a jamais vu la mer, ni la bouteille remplie de coquillages et de crustacés. Le message est net pour cette femme dans la brume sépia : la traction est désormais rouillée par le sable.

Mais où sont les plaines du Tarn-et-Garonne, parsemées de pins parasols uniques, sur lesquelles vole le vélo de Boudu, pendu au balcon ? Il survole les champs d’ailes d’hirondeolliennes jusqu’à la poste aux lettres de Najac, qui, depuis 1840, envoie des cartes postales ornées de libellules sur une branche, de lierre entourant du fer, et de falaises abruptes dans la brume désormais passée au bleu.

Une maison à l’escalier en forme de paon, dont la belle queue tombe devant un jeu de jambes en l’air, jouit devant des natures mortes pointées du doigt par le philosophe de bronze noirci. Il accuse la feuille morte sur l’eau verte d’avoir quitté la forêt abritant la fauvette rouillée par la pluie. Celle-ci regarde fixement le dinosaure de ferrailles agricoles se dresser sous le soleil bas d’un soir d’été, laissant voir le reflet du héron dans le lac ou la mer orangée.

Au bord d’un talus de bois, une autre machine à planter s’abandonne, comme le chat en creux d’une tuile sur un toit embrasse la bouche rouge baisée de Gaïa, qui adore le bleu Picasso de la baie. Jadis, comme dans sa période bleue, il laissa ses chaussures vissées sur les pavés bleus menant au tracteur street art’gricole, vert, rose, bleu et rouille.

La paysanne aux cheveux blancs, derrière ses portes et fenêtres aux sept lés de bois vert, dont un est écaillé, comme les 3 pommes de pin, trouve dans son grenier des restes d’anges et un bidet d’abbé. Quand l’horloge sonne 10 heures 7 minutes et demie, elle sait que la marée basse laisse voir les moules ou laves et autres onyx noirs….

Quitter l’exposition comme la passante qui s’en soucit.

2025-05

daunafloguez #imagin82 #centredartlacuisine

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