Patrimoine – Au commencement le camp de Septfonds
Mémorial du Camp de Judes à Septfonds : Au commencement du camp
Soulignons que La Mounière est un espace dédié aux mémoires du XXème siècle à Septfonds (Tarn-et-Garonne). Une information historique mensuelle est proposée sur l’une de ses trois thématiques mémorielles suivantes :
– Le Camp de Judes
– L’aviateur Dieudonné Costes
– L’industrie de la Paille
Il est important de replacer ce récit dans son contexte, celui de l’arrivée en mars 1939 de 2 500 immigrés espagnols, tous des hommes, dans le village de Septfonds, qui comptait alors seulement 1 600 habitants (hommes, femmes et enfants). Aucune préparation n’avait été faite pour les accueillir. La décision d’installer ces personnes, afin de désengorger les camps situés à la frontière espagnole, avait été imposée aux préfets des différents départements. Ces derniers, dans l’urgence, durent trouver des lieux d’hébergement. Par ailleurs, l’industrie locale de la paille, en quête de main-d’œuvre à faible coût, a pu compter sur ces nouveaux arrivants pour soutenir son développement dans cette partie du département.
Le camp, initialement installé sur un pré à proximité de l’église de Lalande, a rapidement été déplacé à quelques centaines de mètres de là. Conçu pour accueillir 2 500 hommes, il s’est rapidement agrandi pour en contenir jusqu’à 16 000, logés à même le sol dans des baraques en bois. Construites par les Espagnols eux-mêmes, ces baraques mesuraient 45 mètres de long sur 7 mètres de large et abritaient chacune plus de 350 personnes. La promiscuité y était insupportable. Le seul point d’eau disponible était un ruisseau à proximité, tandis que les latrines en bois, surélevées, permettaient une gestion sommaire des déjections. Les cuisines, installées tardivement, laissaient la préparation des repas quotidiens à la charge des internés. Privés de liberté et surveillés par une brigade de 1 000 soldats, les Espagnols subissaient l’ennui du camp, où chaque sortie représentait une échappatoire bienvenue.
Des artistes espagnols, internés à Septfonds, ont laissé des traces durables de leur passage, notamment à travers des peintures toujours visibles dans les bâtiments publics de la commune. Leurs œuvres témoignent de la richesse culturelle et artistique présente malgré les conditions difficiles du camp. Parmi les peintres ayant séjourné au camp de Septfonds, on retrouve notamment :
- Josep Ponti Musté et Salvador Soria Zapater, qui ont réalisé des œuvres pour la mairie de Septfondsbooks.
- Bonaventura Trepat et Josep Marti (peintre et doreur), qui ont travaillé dans l’église du village, notamment sur le chemin de croix toujours visible dans la nef.
- Luis García Gallo (dessinateur) et Mariano Marcos (architecte), qui ont également marqué la vie artistique de cette période.
Le camp a fonctionné jusqu’en 1946 comme un centre d’hébergement pour étrangers considérés comme « indésirables » par le gouvernement français. Les conditions de vie y étaient très précaires. Au fil du temps, le camp a accueilli des officiers polonais, des communistes arrêtés en 1941, puis des Juifs, notamment dans le cadre du 302e Groupe de travailleurs étrangers « palestinien ».
L’association « Amicale du camp de concentration de Septfonds et autres sites de la mémoire de l’Espagne républicaine » œuvre pour conserver et transmettre la mémoire de la Retirada et des camps, notamment à travers des plaques, stèles et panneaux. Pour approfondir, vous pouvez visiter le Mémorial ou consulter des ouvrages comme « Septfonds, 1939-1944. Dans l’archipel des camps français » de Geneviève Dreyfus-Armand
Pour perpétuer le devoir de mémoire, La Mounière invite les enfants, petits-enfants ou toute personne disposant d’informations, de croquis, d’écrits, de témoignages, de lettres, d’œuvres ou d’autres documents relatifs à cette période à les contacter afin de contribuer à préserver et à transmettre cette mémoire collective.
Cette visite passionnante de deux heures, fut un moment précieux de transmission historique. Il est renouvelé chaque mois avec des thèmes variés. Si l’histoire locale vous passionne ou si vous passez par notre Quercy, il est essentiel de s’imprégner et de s’informer pour saisir ce que les hommes peuvent accomplir de plus beau comme de plus terrible sur un même territoire.
La peinture présentée, peinte par Ponti, idéalise et illustre l’arrivée au camp des hommes. On voit des soldats riants, des Espagnols de toutes conditions, une grand-mère nourricière, une femme exultante, une famille spectatrice et une femme se cachant derrière un arbre, a-t-elle peur ou honte ? Cette toile est le reflet de l’expérience vécue : chaque habitant avait désormais à cohabiter avec ce camp et partager cet espace, quelles que soient ses idées, sa classe sociale ou ses convictions politiques.
Merci Carole.
Guide Conférencière – La Mounière
2026-04-19 DF

Artiste Peintre Ponti – Septembre 1939